Les ex-enfants surdoués

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Les ex-enfants surdoués

A la découverte des ex-enfants précoces
Par Stephanie Tolan, consultant et contributrice de la Roeper Review.

 

L’expérience de l’adulte surdoué est celle d’une conscience inhabituelle, d’un esprit extraordinaire dont les perceptions et les jugements peuvent être suffisamment différents pour requérir un extraordinaire courage. Un grand nombre d’adultes surdoués, conscients non seulement de leurs capacités mentales, mais d’à quel degré celles-ci les mettent à part, le comprennent.
Pour beaucoup toutefois, le complet respect de soi (litt. Le fait d’honorer complètement le soi) doit commencer par découvrir quelle sorte de conscience, quelle sorte d’esprit ils possèdent. Que leurs perceptions et jugements soient inhabituels peut leur paraître évident depuis l’enfance, mais ils peuvent avoir passé leur vie à considérer que cette différence était un déficit, une faute voire un défaut de caractère ou le signe d’une maladie mentale (Lovecky, 1986 ;Alvarado, 1989). Penser par soi-même peut sembler trop audacieux ou antisocial.
Qui suis-je ? est une question qu’ils peuvent avoir besoin de se poser encore et encore parce que les réponses inventées durant l’enfance et l’adolescence étaient imprécises ou incomplètes (Silverman et Keamey, 1989 ; Tolan, 1992 ; Wallach, 1994).

Où sont passés les enfants surdoués ?

Depuis les années 1920, des milliers de livres et d’articles ont été écrits sur les enfants surdoués, (voir par exemple BurksJensen, & Telman, 1930; Canoil, 1940; DeHaan & Havighurst, 1957; Gross, 1992; Hirt, 1922; Hollingworth, 1926; Piirto, 1994; Stedman, 1924; Terman, 1925; Webb, Meckstroth, & Tolan, 1982; Witty & Jenkins, 1935; Zorbaugh & Boardman, 1936). Des organisations d’éducateurs, de parents et autres ont été formées pour protéger, préserver et développer leur potentiel. Des factions se sont formées autour de définitions et de termes, est-ce l’inné ou l’acquis ou les deux ensemble qui créent les intelligences inhabituelles, est-ce que les enfants surdoués ont besoin ou pas de programmes et de ressources éducatives spéciaux (Burks et al., 1930; Galton, 1869; Margolin, 1994; Renzulli, 1978; Sapon-Shevin, 1987; Sternberg & Davidson, 1986; Witty, 1951; Yoder, 1894).
Entretemps, des générations d’enfants surdoués sont arrivées et parties, passant au-delà des institutions éducatives où ils avaient ou n’avaient pas été identifiés, avaient ou n’avaient pas été correctement aidés.
Ces enfants surdoués ont disparu dans le vaste territoire de l’âge adulte. Ont-ils disparu comme le font les enfants prodiges ? Peu importe la puissance du talent à l’âge adulte d’un enfant prodige qui a grandi, il n’est plus un prodige, parce que le terme n’est pas lié à la seule capacité mais aussi à l’âge. L’adulte, même s’il continue à exceller dans son domaine, est pour toujours un ex-prodige. Est-ce que l’enfant surdoué devient de la même manière en grandissant un ex-enfant surdoué ? En laissant derrière lui l’enfance et l’école, a-t-il aussi laissé les différences qui étaient reconnues par le label « surdoué » ? Ou serait-il décrit plus précisément par les mots surdoué ex-enfant ?

Qu’est-ce que la douance ?

Si la douance est plutôt un artefact des progrès rapides à travers les étapes normales de développement, elle pourrait être destinée à disparaître quand les autres les atteignent ou les dépassent. Si, d’un autre côté, elle est une qualité de l’esprit qui crée une trajectoire de développement intrinsèquement inhabituelle, elle serait un attribut stable, qui perdurerait durant toute la vie des individus que cela soit observable ou non.
Tout le monde ne perçoit pas la douance de la même façon. Certains la voient comme l’accomplissement de quelque chose d’extraordinaire, essentiellement externe (Gardner, 1993; OERI 1993; Tannenbaum, 1983). D’autres la voient comme une forme interne de processus mentaux extraordinaires qui peuvent aboutir à un accomplissement ou non (Columbus Group, 1991; Hollingworth, 1942, 1937; Shurkin, 1992). Traditionnellement, notre perception culturelle dépend jusqu’à un certain point de l’âge des individus considérés.
Puisque l’enfance est inévitablement et biologiquement une période de développement, la douance enfantine est vue traditionnellement en termes de qualité inhabituelle, mesurable de l’esprit en développement. Nous reconnaissons qu’il y a quelque chose d’interne aux enfants que nous identifions. Les tests de QI ont été créés pour évaluer les capacités innées d’un enfant pour le raisonnement et l’apprentissage, et dans la mesure où ils y parvenaient, ils ont été utiles pour détecter les enfants dont l’extraordinaire potentiel requerrait des méthodes d’éducation inhabituelles. Le phénomène de « l’enfant surdoué sous-performant » dépend clairement de notre capacité à identifier un enfant avec un potentiel inhabituel qui ne se montre pas au travers de réussites inhabituelles.
Quand on regarde les adultes, en revanche, le focus change. Nous reconnaissons l’existence d’adultes surdoués, bien sûr. Ce sont ces gens qui accomplissent des choses spectaculaires. Et pour ces accomplissements, nous nous attendons à ce qu’ils reçoivent le prix Nobel, une grande gloire, la richesse ou l’éminence dans leur domaine. Nous avons beau savoir que certains adultes surdoués n’ont pas la chance de voir leurs produits ou leurs idées récompensés comme ils le méritent (il y a plein d’exemples, comme Van Gogh, de gens dont les œuvres n’ont pas été reconnues de leur vivant) ce sont toujours les réussites ou les productions qui sont à la base de la reconnaissance de la douance à l’âge adulte. Ce qu’on considère est essentiellement externe. Bien qu’on reconnaisse qu’il doit y avoir des capacités mentales inhabituelles (une réalité interne) qui permette à Steven Hawking de mettre au point des idées qui affectent le champ de la physique, si nous n’avions pas ces idées (la preuve externe), nous ne reconnaîtrions pas Hawking comme un adulte surdoué.
Le concept d’ »adulte surdoué sous-performant » n’est pas facilement accepté parce que le nombre d’adultes qui ont des scores de test ou d’autres moyens standardisés de démontrer un fonctionnement mental inhabituel est relativement bas.
Pour la société, de fait, le changement de définition de la douance, entre l’enfance et l’âge adulte, pourrait faire croire que, parmi tous les enfants surdoués identifiés, bien peu sont devenus des adultes surdoués (Shurkin, 1992; Subotnik, 1993). Le changement de critère, d’un processus interne différent à une production inhabituelle, a été reconnu par une Sophie frustrée, l’un des sujets féminins de la fameuse étude longitudinale de Lewis Terman sur les individus surdoués, alors qu’elle était en cours, « vous évaluez les plus jeunes sur la base de leurs capacités d’apprentissage et leur personnalité, mais vous évaluez les adultes par une mesure plus matérielle de statut financier, et de reconnaissance par un public qui n’a jamais montré une bien grand faculté à distinguer entre les canailles, les idiots et les vrais serviteurs du bien public. » (Shurkin, p. 269).
Pour brouiller davantage les pistes, il semblerait qu’il y a des adultes surdoués qui paraissent avoir sauté dans le monde tout faits, sans avoir jamais été identifiés ou perçus comme surdoués quand ils étaient enfants (p.ex. Darwin, Edison, Einstein). Pas étonnant qu’il y ait quelque controverse et confusion sur le sujet pour notre culture en général et pour les individus aussi.

La douance en tant que différence développementale

Il a été récemment proposé de définir la douance infantile comme « développement asynchrone » (Colombus group, 1991) pour regarder la douance d’un point de vue phénoménologique, en considérant à quoi ça ressemble depuis l’intérieur. Au cours de leur enfance, des individus asynchrones passent des étapes développementales clairement définies et acquièrent des capacités variées plus tôt que d’autres enfants. Mais la différence n’est pas purement une affaire de précocité, il ne s’agit pas seulement « d’y arriver plus tôt ». L’enfant qui manie tôt des concepts abstraits les amène à influencer toute expérience future. Cette façon différente, plus complexe, d’expérimenter crée une expérience différente dans son essence même. Le résultat c’est que les différences, loin de s’estomper à mesure que l’enfant se développe, ont tendance à s’accentuer. Un enfant dont le développement cognitif est dans la moyenne ne rattrapera pas plus un enfant surdoué qu’un frère cadet ne rattrapera en âge un aîné. La trajectoire développementale diverge tôt et ne revient pas à la norme.
« Développement asynchrone » peut ne pas être si pertinent à l’âge adulte, parce que le développement de l’adulte dépend moins du temps. Il s’étire sur une durée bien plus grande et n’est pas si intimement lié au développement physiologique. Ce n’est pas nécessairement une progression régulière vers le haut dont tous les adultes font l’expérience à différents degrés, mais, bien plus que dans l’enfance, c’est une question de croissance personnelle et de choix. Nous attendons des adultes qu’ils soient capables d’utiliser un raisonnement abstrait, nous ne remarquons pas si facilement celui dont le raisonnement l’emmène dans des royaumes complexes où la plupart des adultes ne peuvent le suivre, alors que nous remarquons facilement l’enfant qui utilise des raisonnements abstraits bien avant les autres enfants. Si un adulte décidait d’apprendre tous les langages humains écrits, on ne considérerait pas forcément qu’il les apprend plus tôt qu’un autre adulte, alors que bien peu d’autres adultes choisiraient de poursuivre cet objectif.
A l’âge adulte, on peut parler de « développement différencié » plus que de développement asynchrone, dans la mesure où la direction que chaque individu choisit de donner à son développement a des chances d’être unique. Ceci rend la différence entre l’esprit d’un adulte surdoué et d’un adulte normal plus difficile à percevoir, à mesurer. Pourtant, la réalité de la douance reste une expérience de vie différente, que l’individu soit ou non capable de l’utiliser pour continuer à se développer et à apprendre, ou pour créer et réussir d’une manière que la culture de la majorité reconnaît et récompense.

Caractéristiques infantiles

Certaines caractéristiques cognitives des enfants surdoués sont différentes davantage par nature que par une acquisition précoce. Ce sont : extraordinaire quantité d’information, flexibilité inhabituelle, compréhension avancée, intérêts inhabituellement variés, curiosité, capacité inhabituelle à traiter l’information, rythme d’acquisition accéléré, synthèse étendue, capacité élevée à percevoir des relations inhabituelles et variées, capacité à générer des idées originales et des solutions, évaluation de soi et des autres, comportement obstinément dirigé vers un but. Non seulement ces caractéristiques persistent à l’âge adulte, mais elles interagissent au cours du temps pour créer une progression géométrique de différences signifiantes par rapport à la norme (Wallach, 1994 ; Roeper, 1991)
Outre ces caractéristiques cognitives, beaucoup de chercheurs ont trouvé chez les enfants surdoués une sensibilité et une intensité émotionnelles élevées (Morelock, 1992), (caractéristique qui tend à être enfouie à l’âge adulte, spécialement chez les hommes) (Kline & Meckstroth, 1985; Roeper. 1991), un sens de l’humour aiguisé (qui peut être gentil ou hostile, sophistiqué ou bizarre) (Webb, Meckstroth & Tolan, 1982), un souci de justice et de moralité précoce et élevé (Roeper, 1991), et le désir de faire coïncider ses actions et ses valeurs (Hollingworth, 1942).
Socialement, les enfants surdoués peuvent rencontrer des difficultés à trouver leur place avec leurs contemporains, comme leurs centres d’intérêt sont souvent différents. En outre, leur sensibilité et leur intensité émotionnelles peuvent, surtout dans les domaines où les émotions sont mal accueillies, être dévaluées ou directement censurées, rendre leurs interactions sociales particulièrement compliquées (Kline & Meckstroth, 1985). Si leurs capacités provoquent la jalousie des autres, ceci peut les inciter fortement à les déguiser pour « se fondre » plus facilement. Parfois cet effort devient un déni puissant et durable de leurs différences. Ceci est particulièrement vrai pour les filles durant l’adolescence (Kerr, 1985; Noble, 1989; Silverman, 1993).

Effets à l’âge adulte

Toutes ces caractéristiques persistent à l’âge adulte et créent une expérience de vie différente pour le surdoué adulte exactement comme pour le surdoué enfant, que l’individu réussisse et soit reconnu comme surdoué ou non, que l’individu comprenne et accepte ses différences ou non (Lovecky, 1986). Parfois cette différence dans l’expérience de vie est positive, mais pas toujours. Parfois elle est pénible ou même destructrice (Alvarado, 1989).
Les différences cognitives peuvent amener à de hauts niveaux de succès professionnel dans de nombreux domaines. Ce sont les compétences spécifiques qui produisent si souvent les adultes surdoués reconnus, le physicien novateur, le grand philosophe, le diplomate pacificateur, l’entrepreneur à succès. Mais pour l’adulte à qui la vie n’a pas donné les moyens d’utiliser positivement ces capacités, le résultat peut être un sentiment de frustration, un manque de satisfaction, un sentiment tenace d’être entravé, emprisonné, contrecarré (Roeper, 1991; Smith, 1992).
Le cadre moyen qui a la capacité de voir et de concevoir des solutions pour divers problèmes de sa société peut être sérieusement frustré dans son travail parce qu’un chef qui n’a pas cette capacité n’en permet pas l’expression, encore moins la mise en place de ces solutions.
La femme au foyer de banlieue, qui a élevé plusieurs enfants et travaillé comme bénévole pour d’innombrables associations civiques, peut se trouver agitée, ennuyée et frustrée quand les enfants ont quitté la maison. Les activités sociales ne remplissent pas le vide, pas plus que le job routinier qu’elle peut être tentée de chercher pour se sortir de chez elle.
Le travailleur coincé dans une impasse, dans un boulot avilissant parce qu’il lui a manqué l’opportunité d’une éducation adaptée à ses capacités cognitives inhabituelles, n’a aucun moyen de les utiliser dans son travail peu exigeant intellectuellement.
Aucun de ces individus ne peut pleinement comprendre les raisons de son insatisfaction. Ils peuvent ne pas voir une façon ou même une raison de donner un exutoire à leurs capacités, parce qu’ils n’identifient pas la source de leurs problèmes. Comme ils adhèrent à la définition ordinaire du surdon comme lié aux réalisations, ils ne sont pas enclins à penser à eux-mêmes comme à des adultes surdoués. Il n’y a qu’une petite proportion des adultes d’aujourd’hui qui ont été identifiés comme surdoués dans leur enfance et ils peuvent n’avoir jamais compris leur propre différence à la norme. Parce que c’est difficile d’être différent, ceux qui ont été identifiés peuvent s’être protégés par le déni.
Les surdoués trouvent souvent leurs propres capacité normales, et croient que ce sont des gens avec des capacités différentes qui sont vraiment les gens brillants (Alvarado, 1989; Tolan, 1992). Comme ils ne comprennent pas la source de leur frustration ni les moyens de la soulager, ils peuvent choisir d’adoucir leur peine par l’usage d’alcool, de drogues, de nourriture ou d’autres substances ou comportements d’addiction. Ou ils peuvent simplement couler et vivre leur vie en mode survie.
Même quand l’individu est capable d’utiliser ses capacités pour construire une indéniable réussite professionnelle, il peut se sentir et paraître sérieusement décalé. Barbara Streisand, par exemple, dont les talents sont non seulement évidents et hors-norme mais aussi très étendus, est critiquée pour son perfectionnisme, pour demander trop à ceux avec qui elle travaille. Sa crainte bien connue des performances en public pourrait bien venir en partie des problèmes paradoxaux d’estime de soi qui vont souvent de pair avec les dons extraordinaires.
Intensité émotionnelle
Bien que les adultes, qui ont affaire depuis des années à une culture dans laquelle l’émotivité est largement mal acceptée, soient généralement davantage capables que des enfants surdoués de contrôler l’expression de leur sensibilité et de leur intensité émotionnelle, ils doivent toujours s’accommoder d’une manière ou d’une autre de l’expérience de cette émotion. Dans certains domaines, comme les arts, l‘émotivité inhabituelle des surdoués peut s’exprimer en toute sécurité et devient, de fait, un atout puissant qui peut mener au succès et à la réussite (Piechowski & Cunning-ham, 1985; Piechowski & Silverman, 1985). Mais dans la plupart des domaines, les émotions sont suspectes et les exprimer peut être interdit. Beaucoup d’hommes, qui ont été entrainés à le faire durant leur enfance, s’arrangent pour supprimer leur émotivité et souffrent des répercussions psychologiques de cette suppression. Les femmes, habituées à une plus grande liberté d’expression émotionnelle dans leur enfance, peuvent en trouver la suppression nécessaire pour avancer sur le chemin difficile de la carrière qu’elles ont choisie.

Problèmes moraux

La sensibilité morale et le souci de justice des adultes surdoués peuvent les mener à une vie de service, de performance et/ou de réussite dans la diplomatie, la loi, la médecine, la philanthropie etc. Mais elles peuvent aussi les mener à la dépression et à d’autres difficultés psychologiques, puisque l’état de notre civilisation et la condition de la planète peuvent paraître accablants à qui est doté d’une clarté de pensée et d’une profondeur de perception inhabituelles combinées à une empathie et un sens moral puissants (Roeper, 1991). En outre, une telle personne peut trouver intolérables les compromissions éthiques, la déception, la franche malhonnêteté et la compétition du monde du travail (Hollingworth, 1937).
« Un professeur d’université qui questionne les présupposés de base de son domaine, qui est moralement agressé par la compétition et la hiérarchie de son département, et ne peut pas exprimer ses idées sans être ému, sera considéré comme un élément marginal et peu professionnel » (Wallach, 1994). Ni lui ni ses collègues ne sont enclins à percevoir ses problèmes professionnels comme émanant de sa douance.

Réalités sociales

Socialement, l’expérience des adultes surdoués peut être diverse. Ceux qui ont choisi une carrière qui les met en contact avec d’autres surdoués peuvent régulièrement faire l’expérience de la joie et de l’excitation que la synergie intellectuelle suscite dans un tel groupe. En personne ou sur les réseaux sociaux, ces gens construisent leurs idées en s’appuyant sur celles des autres, se mouvant par grands bonds grisants à travers les royaumes complexes de l’intellect. Il peut y avoir un sentiment de connexion presque magique tandis que les idées flottent de l’un à l’autre, semblant acquérir une vie propre. Quand des esprits exceptionnellement capables travaillent ensemble, il y a un sentiment puissant de communauté et d’appartenance.
Pour d’autres, ou pour ces gens qui sont en dehors de la vie professionnelle ou des réseaux sociaux, les interactions sociales peuvent être problématiques et compliquées à comprendre. Un adulte surdoué peut se retrouver associé, dans son travail et /ou ailleurs, à des individus qui ne partagent pas la complexité et la profondeur de ses perceptions. Il peut trouver difficile de partager certains aspects importants de lui-même avec les autres. Il peut avoir à peser ses mots, simplifier ses conceptions, se tenir en retrait dans la conversation. Cette expérience est à la fois fatigante et frustrante.
Si en particulier, il ne comprend pas ou n’accepte pas sa douance, lui et les autres peuvent interpréter ses difficultés comme une inaptitude sociale. Même s’il est capable de ramener ses interactions au niveau d’intérêt ou de compréhension de ses compagnons, il peut quitter un événement social en se sentant isolé, « bizarre », insatisfait, malheureux. Les autres peuvent clairement prendre plaisir à des activités que l’adulte surdoué trouve abrutissantes et répétitives ou préférer des loisirs qui manquent de la profondeur et de l’enrichissement intellectuel dont il est avide. La faim d’un compagnonnage intellectuel est ressentie même quand elle n’est pas reconnue ou comprise. S’il manque de compagnons qui partagent ses centres d’intérêt, l’adulte surdoué peut se retirer de l’interaction avec les autres et se résigner à une vie solitaire.

Honorer le soi

Il y a beaucoup de profils individuels de la douance adulte, certains qui remplissent soigneusement nos attentes culturelles, et bien davantage qui ne le font pas. L’expérience de la douance à l’âge adulte a plus tendance à être problématique et douloureuse quand l’individu nie ou ne comprend pas sa propre douance. S’il ne comprend pas, il se sent aliéné, non seulement par les autres mais par lui-même. S’il ne comprend pas, il ne sait pas comment résoudre ses problèmes, guérir ses blessures, satisfaire ou faire face à son puissant besoin interne (Rubin, 1990).
Notre implacable focus sur les réussites plutôt que sur les processus mentaux inhabituels qui constituent la douance rend difficile, si ce n’est impossible pour beaucoup, la reconnaissance et la compréhension dont ils ont besoin. Il est crucial tant pour l’adulte surdoué que pour la société, qui pourrait bénéficier de capacités qui ne sont pas encore pleinement utilisées, que nous étendions nos perceptions et que nous continuions à prêter attention aux surdoués quand ils ont quitté le système éducatif et pris place dans le monde adulte.
Nous devons aussi regarder soigneusement comment est perçue la douance dans le champ de l’éducation, car c’est pendant l’enfance que l’individu surdoué commence à former cette perception de soi cruciale, sa compréhension initiale de son processus mental, de son propre esprit. Beaucoup de gens dans l’éducation des surdoués considèrent maintenant la douance comme pouvant être définie davantage par la réussite que par le potentiel, même durant l’enfance (Dunn, Dunn & Treffinger, 1992). « La personne surdouée est celle qui fait des dons à la société », voilà ce que dit une des voix prépondérantes du domaine, prolongeant cette affirmation par celle-ci « je crée la douance » en offrant aux élèves un cadre soigneusement choisi d’opportunités et de ressources (Renzulli, 1989).
Le nouveau focus sur « talent » plutôt que « douance », bien qu’il reconnaisse une réalité interne (un talent qu’un individu possède tandis que d’autres ne l’ont pas), en réalité propage l’orientation accomplissement/production. Un talent est une capacité spécifique, limitée, plutôt qu’un mode général de fonctionnement mental. Le développement d’un talent amène immanquablement à la performance dans un « domaine » plutôt qu’au soutient, au renforcement et à l’élévation de l’esprit, de la conscience, de l’attention, du jugement.
Le champ de l’éducation semble actuellement se diriger vers une mesure de la douance largement externe, basée sur la réussite, même pour les enfants, qui donne la prééminence aux productions sur les processus mentaux. Ce faisant, il dévalue l’individu et met en place les conditions pour qu’il y ait davantage d’enfants (qui peuvent n’être pas capables de faire coïncider leurs dons mentaux avec l’étroit éventail des réussites scolaires) qui entrent dans l’âge adulte sans être conscients des besoins de leur esprit inhabituel ou en les niant. Les enfants surdoués ne disparaissent pas en quittant le lycée ou en finissant leurs études supérieures. Ils deviennent des adultes surdoués. S’ils entrent dans l’âge adulte aveugles quant à leurs capacités mentales particulières, ils peuvent traverser leur vie fragmentés, frustrés, insatisfaits et aliénés par leur être le plus intérieur. Ce qui est différent dans un adulte surdoué c’est son esprit. Ne pas comprendre cet esprit rend virtuellement impossible d’honorer le soi.
Il est évident que le « soi »… c’est notre esprit – notre esprit et sa façon caractéristique d’opérer (Brandon, 1983)
L’esprit fait de nous des humains ; l’esprit fait de nous des individus. Depuis l’enfance et à travers l’âge adulte, pour être eux-mêmes, pour se valoriser et s’honorer et mener des vies satisfaisantes, les adultes surdoués doivent comprendre et accepter leur propre – et inhabituel – esprit.

Source : adulte-surdoue.org

A la découverte des ex-enfants précoces
Par Stephanie Tolan, consultant et contributrice de la Roeper Review.

http://sengifted.org/archives/articles/discovering-the-gifted-ex-child

 

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