Quand on apprend à 30, 40, 50 ans ou même plus tard qu’on fait partie des 2,3 % de la population à penser et fonctionner différemment, comment faire face ? Après un test tardif, certains apprennent en effet qu’ils sont surdoués. Comment accepter cette annonce comme une renaissance emplie de possibles et non comme un coup de massue nourri de regrets ? Réponses.

 Les surdoués, qu’on qualifie aussi de précoces intellectuels ou à haut potentiel (HP), ne se réduisent pas qu’à un QI supérieur à la moyenne (qui oscille entre 90 et 110) : ils ont également une structure cérébrale et un raisonnement très différents des autres. Comme le résume si bien Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, référence de l’engagement en matière de douance en France et auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet : « Être surdoué ce n’est pas être quantitativement plus intelligent que les autres mais fonctionner avec une forme d’intelligence qualitativement différente en termes de mécanismes et de processus, c’est l’alchimie entre une intelligence supérieure et une réactivité émotionnelle singulière, une hypersensibilité hyper aiguisée ».

Découvrir sa douance à l’âge adulte

On se pose rarement la question de la douance (le fait d’être surdoué) par hasard. Ainsi, Fanny, 33 ans et mère de 2 enfants, fait part d’un mal-être indéfectible bien qu’inexplicable depuis l’enfance : « Sans vivre dans l’opulence, je n’ai jamais manqué de rien et j’ai toujours été relativement préservée des épreuves difficiles. Malgré ça, je me suis toujours sentie « à part » des gens et j’ai l’impression d’avoir passé ma vie à souffrir intérieurement ». Une vulnérabilité et une solitude propres à de nombreux adultes HP qui pâtissent d’une image très éloignée de l’idée que se fait généralement leur entourage d’eux. Selon Jeanne Siaud-Facchin, « L’image d’Epinal de l’adulte surdoué à la réussite sociale et professionnelle éclatante est tenace. Ce qui est logique puisqu’on se représente déjà l’enfant surdoué comme un élève forcément brillant. Malheureusement pour eux, c’est loin d’être systématique ».

Fanny, bien que rarement appréciée par ses professeurs à cause d’un tempérament « bavard et effronté », a pu compter sur de grandes capacités linguistiques et littéraires pour compenser son « ennui mortel doublé d’un profond désintérêt pour les sciences » et ainsi obtenir tous ses examens du premier coup, souvent avec mention, sans quasiment jamais réviser. Lorsque son premier enfant a eu 4 ans, elle s’est étonnée qu’il sache parfaitement s’exprimer depuis longtemps et presque lire alors qu’il portait encore des couches la nuit et piquait des colères « de bébé » sans raison apparente.

Un paradoxe entre intelligence supérieure et besoins affectifs primaires bien connu des surdoués. Comme le dit si bien Jeanne Siaud-Facchin : « Les Zèbres (surnom affectueux qu’elle a trouvé pour désigner les personnes surdouées) pensent avec leur cœur, pas leur mental ».

Quand consulter un spécialiste ?

Lorsque le doute paralyse, empêche de progresser et d’avancer ou que le besoin de savoir, d’infirmer ou de confirmer, de vérifier, de se rassurer devient impérieux voire obsédant, il est essentiel de se poser des questions. Par ailleurs, dès qu’on ne parvient plus à trouver le sommeil ou à se concentrer au travail après s’être reconnu en tous points dans un témoignage de personne surdouée vu, lu ou entendu dans un média sérieux… bref, dès qu’on souffre de ne pas savoir, tout en étant intimement convaincu, consulter un spécialiste peut être judicieux.

Il n’est jamais trop orgueilleux, ridicule ou superflu de recourir à un psychologue pour cette raison. Jeanne Siaud-Facchin loue même l’immense courage que suppose une telle démarche. D’autant que, quelle que soit la motivation, solliciter aide et conseil n’est jamais anodin et toujours légitime. Attention toutefois dans le choix du professionnel : les surdoués représentent aujourd’hui un véritable « marché » pour certains praticiens peu scrupuleux, qui n’hésitent pas à dispenser des diagnostics hâtifs voire franchement suspects. « Si quelqu’un vous propose de tester votre QI sur internet sans vous avoir jamais rencontré ou vous donne un diagnostic sur la simple base de ce que vous lui racontezet de son ressenti, fuyez ! », met en garde Jeanne Siaud-Facchin.

Le bilan complet permettant de confirmer ou d’écarter le diagnostic de douance se déroule en plusieurs étapes clés : un entretien préliminaire portant sur les symptômes cliniques du consultant, et, si l’analyse de la structure de personnalité de ce dernier l’exige, des tests psychométriques type WAIS-IV (pour la 4ème édition du Wechsler Adult Intelligence Scale ou échelle d’intelligence de Wechsler pour adultes). Quelle qu’en soit l’issue, le compte-rendu final ne doit jamais consister en la simple énonciation d’un résultat chiffré mais doit faire l’objet d’explications approfondies et détaillées.

Pour évoquer le moment du « verdict, tombé comme un couperet », Fanny ne choisit pas ses mots au hasard. Elle raconte le soulagement mêlé à l’intense colère puis les semaines « compliquées » ayant suivi l’annonce du diagnostic.

Comment surmonter le choc ?

Quasi systématiquement après l’annonce, une « relecture » de sa vie s’opère. Elle peut durer plusieurs jours, plusieurs semaines voire plusieurs mois selon les cas. D’où la nécessité d’être bien accompagné. Jeanne Siaud-Facchin ose même la comparaison entre les différentes étapes de la reconstruction avec celles du deuil : sidération, déni, colère… Le tout est de ne pas s’engluer dans son ressentiment (envers ses parents ou ses professeurs qui « auraient dû voir ») et de ne pas ressasser éternellement « ce qui aurait pu être ». Certes, on aurait pu savoir avant. Mais, on aurait aussi pu savoir bien plus tard voire ne jamais savoir !

On peut aussi être tenté de le crier sur tous les toits, pas par vanité mais bien par réel besoin de reconnaissance et d’absolution, comme pour dire : « Vous voyez, j’avais une bonne raison d’être si tatillon, anxieux, impatient… » Toutefois, la psychologue et psychanalyste Monique de Kermadec, également auteure d’ouvrages consacrés à la douance, souligne le risque de s’attirer plus de jalousie et d’inimitié que d’enthousiasme et de compassion : « Si un bon parent se réjouira pour vous, la grande majorité de votre entourage risque plutôt de vous envier ce quelque chose en plus qu’il n’a pas ».

Il y a aussi le risque de tomber dans le « A mon âge, à quoi bon ? ».

Enfin, les adultes HP en proie à un puissant conflit entre vrai self et faux self (la personnalité de façade développée pour mieux s’intégrer) peuvent être tentés de tomber le masque soudainement face aux supérieurs, collègues, beaux-parents… Jeanne Siaud-Facchin met en garde contre cet écueil : « Attention à ne pas vous transformer du jour au lendemain. Pas question d’aller soudainement réclamer une augmentation sous prétexte que vous valez mieux par exemple. Si le but est de renouer avec votre vraie personnalité ou de vous défaire de certaines personnes toxiques (le surdoué étant la proie idéale des personnalités perverses), cela doit se faire progressivement ».

Bien vivre avec sa douance découverte sur le tard

Les adultes HP ou zèbres peuvent être rassurés ! Il est possible d’être surdoué et heureux ! Encore faut-il s’en donner les moyens. Et si vous commenciez par voir les choses du côté positif ? « L’intelligence ? Quelle chance ! L’empathie ? Une compétence ! La créativité ? Le talent des leaders ! », s’enthousiasme Jeanne Siaud-Facchin. Réjouissez-vous : vos rêves sont à portée de main.

Il a fallu de longs mois à Fanny pour se défaire des émotions négatives qui ont suivi le diagnostic : « Je lisais tous livres sur le sujet et passais mon temps à me morfondre, à imaginer ce qu’aurait pu être ma vie si j’avais su plus tôt, à penser que j’aurais été heureuse, que j’aurais fait d’autres choix, que j’aurais peut-être vécu ma vie plutôt que de vivre celle des autres. Il a fallu longtemps pour que je prenne conscience que tout n’était pas perdu et que je pouvais encore redevenir moi-même, m’épanouir et me réaliser pleinement ». Quant à son aîné, il vient lui aussi d’être diagnostiqué surdoué… et le benjamin semble prendre le même chemin !

Ecrit par:

Anne-Flore Gaspar-Lolliot

Créé le 08 janvier 2016

Source : Doctissimo.fr

Sources :

–          Interview de Fanny, le 20 novembre 2015
–          Interview de Jeanne Siaud-Facchin, le 1er décembre 2015
–          Livres de Jeanne Siaud-Facchin parus aux éditions Odile Jacob : Trop intelligent pour être heureux ? L’Adulte Surdoué (2008) et Mais qu’est-ce qui l’empêche de réussir ? (2015)
–          Interview de Monique de Kermadec, le 28 novembre 2015
–          Livre de Monique de Kermadec à paraître aux éditions Albin Michel : L’Adulte surdoué à la conquête du bonheur (sortie janvier 2016)